Groupe de travail Visualisation du Son

Accueil du site > Français > 1. Présentation > 2. Approche artistique

Visualisation et émulation artistique du son

2. Approche artistique

lundi 6 novembre 2006, par admin

Toutes les versions de cet article :


19 sec

Extrait audio-vidéo comprimé des travaux d’Alessio Santini

On peut envisager des représentations artistiques du son. On peut également envisager la visualisation du son sous l’angle de l’émulation, au sens proposé par Alain Berthoz [1]. Celui-ci avance l’hypothèse selon laquelle notre cerveau émule, c’est-à-dire recrée intérieurement le monde, plutôt qu’il ne représente et simule la réalité extérieure, par le biais de nos sens ; le rêve pendant le sommeil ou l’hallucination, seraient une preuve certaine de ce pouvoir d’émuler des mondes intérieurs.

Dans le cadre d’une visualisation artistique, sans valeur scienfique, mais recherchant l’expressivité audiovisuelle, composite, intersensorielle, on tente de recréer et d’exprimer un monde visuel à partir ou en relation avec un monde sonore.

Nous transposons ainsi la notion d’émulation, opposable à la notion de simulation sur le terrain de la création et de l’expression artistique. Nous cherchons à imaginer, écrire, créer des mondes, des expressions, en définissant des relations entre son et image, des interactions d’un milieu à un autre, ou encore en composant l’objet audiovisuel, qui sera perçu sur un mode intersensoriel.

Dans ce sens, la question de l’émulation pourrait être reliée à la notion de transduction, selon deux acceptions :

  1. Comment une énergie passe d’un milieu à un autre milieu : du son à l’image, ou bien encore d’un transducteur gestuel vers le son et/ou vers l’image.
  2. Comment deux termes (le son, l’image, voire le geste), interagissent entre eux en s’émulant l’un l’autre. [2]

Il s’agirait de fournir à l’image des caractéristiques dynamiques qui seraient de l’ordre du sonore et des articulations fines du domaine temporel multi-échelle qui lui est lié et non du domaine spatial propre au champ visuel, antagoniste avec le « temps réel » de l’ouïe, dont la latence est bien fine que pour celui de la vue. Le temps de perception du son n’est pas le temps de l’image. On pourrait ainsi viser la production d’un temps intersensoriel, présent, irréversible, temps audiovisuel produit de la perception de l’image et du son.

Nous visons le son visible, au sens des musiques visuelles [3] Le visuel n’y serait pas traité comme un miroir, comme un pléonasme de l’audio, comme une projection graphique, mais comme une extension visuelle du sonore, comm une énergie transduite en milieu visuel et interagissant entre le sonore et le visuel. De cette approche peuvent émerger de nouveaux contenus numériques, potentiellement exploitables dans le flux des convergences technologiques.

On pourrait dire qu’une approche artistique de la visualisation du son concerne son émulation par l’image afin de produire dans l’intersensorialité un art musical étendu au visuel. Une autre approche peut s’appuyer de façon large sur les interactions entre les deux domaines, à la recherche une cohérence temporelle intersensorielle, autant que formelle ou esthétique, entre l’audio et le visuel. Cette cohérence ne doit pas être réduite à la synchronie où à la synchrèse [4]

On renverse au passage la relation traditionnelle de dominance du son par l’image, dans le cadre des arts narratifs (cinéma, hypermédia, industries de l’entertainment), pour valoriser l’abstraction propre à l’expression musicale.

Notes

[1] A. Berthoz, La décision, Odile Jacob, Paris, 2003

[2] D’après Gilbert Simondon, "Du mode d’existence des objets techniques", Aubier, 1958, repris par Bernard Stiegler, in" La technique et le temps", livre 2, Gallilée,1996

[3] « Visual Music », Computer Music Journal, volume 29 n° 4, winter 2005.

[4] La synchrèse est un terme crée par Michel Chion d’après les termes synchronie/synthèse, concernant le temps audiovisuel. Cf. Michel Chion, l’audiovision.


Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | SPIP | squelette